Tous aux abris ! Le Manifeste chap (in english, chap veut dire « le gars ») vient de sortir en librairies, aux éditions des Equateurs. Cette traduction d’un ouvrage de Gustav Temple et Victor Darkwood déjà paru en Grande-Bretagne, expose les fondements d’un mouvement auto-proclamé « anarcho-dandy », né là-bas en 2000. Leur objectif ? Promouvoir « la joie de vivre, l’humour, l’élégance, les bonnes manières pour conjurer l’esprit de sérieux et l’horreur économique de notre monde actuel ». Fichtre. Je cite la présentation officielle : « Les Chaps ont pour maître à penser Oscar Wilde, Georges Orwell, David Niven, ils défendent les valeurs qui ont sculpté l’identité et l’insularité de la Grande-Bretagne : la poésie, le tweed, les longues moustaches, le chapeau melon, le Martini dry, le monocle, la canne à pommeau, la lenteur. Rétifs au salariat et à la dictature financière, ils sont les défenseurs d’une révolution ironique ». Ils ont aussi brandi leurs cannes et leur courroux lorsqu’une campagne ridicule gomma le cigare de l’illustre Churchill sur une photo honteusement retouchée. On ne badine pas avec celui qui sirotait un verre de blanc en prenant son bain matinal. Bref, qui savait vivre.
Ces doux-dingues sont formels : on peut tout à la fois militer pour le port du trois-pièces sur-mesure coupé dans le meilleur Prince-de-Galles, rêver la nuit de la pipe Dunhill qui ira un jour rejoindre les autres bouffardes de sa collection (en hésitant entre la finition noir laqué dress et la shell, la sablée qui brûle moins les doigts), frissonner de plaisir en revêtant un trench-coat anglais tout en vénérant pêle-mêle les Monty Python, Christophe Alévêque, et en votant depuis plus de quinze ans pour Notre Président Christophe Salengro du Groland. Hein ? Mais non je n’ai pas parlé de moi.
Certes, le manifeste chap, n’est peut-être pas aussi subversif que ses géniteurs l’avancent. Mais, siphonnant improbablement les essences entremêlées de Barbey d’Aurevilly, Guy Debord, des Yes Men et de Peter Sellers, la blague est bien troussée. Elle mérite donc qu’on en reparle très bientôt par ici. Don’t you mind, gents ?