Faut-il vraiment réécouter les Beatles? Moui.

thebeatles

Ce n’était un secret pour personne : le premier import de l’oeuvre des Fab Four sur CD, en 1987, avait été exécuté avec les pieds. Voilà, c’est dit. Aucun relief, moins de « piqué » que sur les vinyls. La honte – souvenez-vous de la première intégrale Gainsbourg, un peu plus tard, la soupe avait grosso modo le même goût. Bref, les résistants dotés de l’équipement ad hoc étaient condamnés à creuser les sillons de leurs bons vieux 33 tours en attendant un remastering capable de se regarder en face dans le miroir. En 1999, la B.O. du film Yellow Submarine, optimisée pour les besoins de la nouvelle sortie en salles du dessin animé de 1968, offrait déjà un aperçu des talents de toilettage de la maison de disques. Ont suivi The Beatles – 1 puis Let It Be… Naked (débarrassé des déluges de cordes ajoutées par Phil Spector).

Demain, m’sieur-dames, ce sera la totale. Douze albums plus les Past Masters I et II comme neufs. Pochettes cinq étoiles, photos inédites, notes sur les enregistrements et DVD en bonus. Le coffret existe en version 100% stéréo ou avec les quatre premiers albums en mono, leur version d’origine, pour 220 euros environ…

Alors, faut-il vraiment réécouter les Beatles ? A l’écoute du sampler distribué à la presse, un double-album piochant ici et là dans leur catalogue, la réponse est… Moui.

-Moui : bien sûr, le son est carrément meilleur. Reste qu’une fois compressé, le consommer dans nos lecteurs MP3 revient un peu à se retrouver au volant d’une Ferrari dans une rue piétonne : ça frustre. Ampli et enceintes de compète, voire baladeur CD (qui en possède encore un ?) + casque high tech (modèle pilote d’hélico) recommandés.

-Moui : les premiers albums mono du groupe ont été botoxés en stéréo. Et pourquoi pas coloriser La Vache et le prisonnier, pendant qu’on y est ? L’intervention, sensée valoriser les titres, ne produit pas vraiment de miracle. C’est particulièrement flagrant du côté des voix, qui conservent leur grain d’origine un brin sourd, voire saturé. Bref, l’effet bling-bling s’avère inutile, puisqu’on si on adore les Fab Four des débuts, c’est précisément pour leur spontanéité, ce cri rauque entre deux yeah yeah, cette goutte de sueur sur le menton qu’on leur a toujours pardonnée.

-Moui : on a enfin à portée de tympan (et de notre vivant) un recueil définitif, indépassable, la totale des évangiles selon John, Paul, George et Ringo. Amen ? Presque. Car… Inconsciemment ou pas, on s’attendait à retrouver en mieux la magie, le frisson intitial. L’intime waouh juvénile. Or, celui-là, on a tellement cherché à se le rejouer qu’il a disparu depuis belle lurette. Le frisson qu’on se trimballe est une deuxième main. Patiné par les écoutes. Et c’est bien pour cela qu’on court encore après des types comme les Beatles, des années après leur séparation. Et que des gars comme moi tentent d’enfermer dans des billets toute la grâce de leurs idoles alors que – c’est prouvé – écrire sur les Fab Four est un exercice rigoureusement vain et impossible.

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