Marc Dorcel, mon héros très discret

Dorcel

Ce grand type grisonnant aurait pu être mon banquier. Son bureau peigné comme il faut ne laissait dépasser que quelques épis d’acier sur une étagère : des trophées alignés, cloutés de plaques dorées égrenant la poésie surmaquillée de titres de films – pour la plupart – jamais sortis en salles. Car mon interlocuteur à la silhouette passe-partout n’était ni un ponte du crédit revolving ni un prince du P.E.A., mais le roi du porno à la française. Marc Dorcel…

C’était il y a onze ans. Epoque Laure Sainclair et Olivia Del Rio. Nagra en bandoulière, je m’étais retrouvé dans la petite rue du XVe arrondissement où étaient domiciliés ses bureaux, situés en rez-de-chaussée. Quelques affiches colorées aux murs, une ou deux secrétaires qu’on ne remarquait pas. Un décor ordinaire aux murs désespérément blancs. Bien loin des productions ultra-léchées de ses films « pour couples modernes, qui regardent ensemble », expliquait-il, si bas que je devais sans cesse ajuster les boutons de mon enregistreur pour ne pas perdre son filet de voix. La rencontre me jeta assez vite dans un bain d’émotions mélangées. Certes, l’homme était charmant, poli, il avait le triomphe humble. Mais bon sang, où était le Hugh Hefner à la française que j’avais rêvé de rencontrer ? Là où le patron de Playboy, génial tycoon, multipliait les postures flamboyantes et déroulait sa vie « privée  » devant les objectifs, la pipe au bec, Dorcel affichait, gentil et banal, une timidité impénétrable. Peut-être pour se protéger. Ou parce qu’il n’en revenait toujours pas d’être arrivé au sommet, signant des chèques de plusieurs dizaines de milliers de francs (c’était avant l’euro) à Chantal Thomass pour le budget lingerie de son prochain opus. « Je suis venu au porno par hasard. Ce furent d’abord des romans-photos, au début des années 1970. On ne trouvait que du noir et blanc, à l’époque. Alors j’ai eu l’idée de me spécialiser dans la photo de X en couleurs. Prendre des photos ou filmer, la différence n’était pas énorme ». Et zou, la machine à désirs démarre, en 1979, avec les Jolies petites garces. Quelques zestes de marketing et trente ans après, l’homme aux images pas sages fête ses 30 ans de business, aujourd’hui secondé par son fils Grégory (on en parle ici et ). En septembre dernier, un sondage révélait opportunément, à quelques jours du soufflage de bougies, que 89% des Français ont déjà vu un film X, que 50% des femmes reconnaissent en avoir regardé seules et que 50% de la population affirme connaitre l’enseigne Marc Dorcel. Pas mal pour un homme aussi désespérément discret.

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2 Responses to Marc Dorcel, mon héros très discret

  1. p&p says:

    sacré marco!!!

  2. sara says:

    hi i am girl sexxxy

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