La recette du cigare de Noël de Colin Field, du Bar Ritz Hemingway

Colin-Field-by-Luc-MonnetCette fantaisie-là, c’est une exclu rien que pour vous. Elle me vient de Colin Field, le bartender du Bar Hemingway, du Ritz Paris. Avant l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics (qui frappa après un an de sursis les bars d’hôtels le 1er janvier 2008), Colin dégustait à chaque fin de service un bon cigare, souvent en disputant une partie d’échecs avec son second, Mr Burgos. La prohibition anti-volutes le laissa meurtri, mais il n’en montra rien. Ou si peu. Never complain, never explain. Il a fini par racheter à ses propres frais, un à un, les cigares de la cave noire laquée du Bar Hemingway. On le sait peu mais en fin d’année, Colin Field allait jusqu’à réserver un frisson exotique et excentrique – so british – à ses seuls clients : un cigare de Noël home made aromatisé par ses soins. Façon pudding… Vous voulez la recette ?

(Photo (c) : Luc Monnet – www.lucmonnet.com)

Je laisse Colin vous la dicter :

VZ_Robusto_Limited« Sans tarder, car il faudra que le tout s’affine d’ici les fêtes, munissez-vous d’une botte de 25 robustos Villa Zamorano, de chez Maya Selva (Honduras). Placez les cigares dans une boîte en cèdre (ou dans tout récipient hermétique). Dispersez sur et sous les modules plusieurs belles pincées de tabacs à pipe riches en arômes : vanille (Black Vanilla, par exemple), Kentucky Bird, Larsen et Dunhill Royal Yacht Blend. Arrosez légèrement de cognac autour des cigares. Laissez macérer six à huit semaines. Offrez ces cigares uniques aux plus gentlemen de vos amis. »

Le petit plus du Chesterfield Project :

shakerLe savais-tu, chère lectrice, cher lecteur ? Il y a trois ans, je suis tombé en amour pour le recueil élégant, érudit mais accessible de Colin Field, Les Cocktails du Ritz Paris (éditions du P1000781Chêne) brillamment sous-titré, Une psychologie du cocktail. Car oui, on y apprend que tout bon gentleman bartender ne déverse pas du bitter à l’hectolitre ni ne tranche du citron vert au kilo. Il suggérera le cocktail qui sied le mieux à son interlocuteur en le questionnant – subtilement – sur ses goûts et son humeur du moment. Au fil des pages, j’ai découvert que celui qui fut élu meilleur barman du monde par le magazine Forbes était, en outre, un amoureux des volutes. Ni une, ni deux, lorsque mon livre Cigares fut mis en chantier, j’ai demandé à le rencontrer. J’avais un challenge pour lui : goûter quatre robustos de quatre terroirs différents (Cuba, République Dominicaine, Honduras, Nicaragua) et leur associer les cocktails les plus appropriés. Rendez-vous fut pris au bar, une heure avant l’ouverture. En cinq minutes, avec une spontanéité toute juvénile, Colin accepta ! Les recettes sont désormais dans le livre. Chacun des quatre cigares retenus se voit, en fonction de la complexité de son évolution aromatique, escorter par un à trois cocktails.

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Ci-dessus : cocktail Serendipiti et Cohiba Maduro 5 Genios, le 31 décembre 2007, au Bar Hemingway du Ritz.

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9 Responses to La recette du cigare de Noël de Colin Field, du Bar Ritz Hemingway

  1. Alors là, molto intrigato par le cigare de Noël… cadeau empoisonné ou vraie bonne surprise? je suppose qu’il ne faut surtout pas allumer ce cigare en pensant fumer un cigare… ça me fait penser au ACID de chez Drew Estate.

  2. Matthieu Frachon says:

    Connaissant et regrettant ce lieu magique qu’est l’Hemingway (un fumoir, un fumoir !!!!), je vais tester la recette du maître. Guillaume, j’ai déjà mis en pratique les cocktails de ton livre : riche idée.

  3. Alban says:

    Avec tout le respect que j’ai pour l’homme, je trouve cette idée repoussante!

    Quant à offrir ses cigares (ainsi aromatisés) « aux plus gentlemen de vos amis » … je dis NON! … sauf s’ils sont américains ET qu’ils ont l’habitude de ce type de produits (que je n’appellerai pas cigare).

    Dire que nous sommes en pleine période de gastro … : (

  4. admin says:

    Je savais que les gardiens du temple se manifesteraient fissa… A peine prévisibles !

  5. Datavinn says:

    Ça m’intrigue. Je serais pas contre un essai.
    Vous avez tenté ? Un retour ? :)

    Je profite de ce premier com, pour féliciter le graphiste qui a fait « Cigares », le livre est lisible, très agréable, très bien foutu (forme, hiérarchie des informations) et l’auteur bien évidemment (textes agréable et accessible).

    J’adore l’idée du carton de couverture, ce côté souple comme si on tâtais un cigare pour voir si il n’est pas sec.

  6. admin says:

    @ Datavinn : merci !
    Non, je n’ai pas testé ces cigares aromatisés. Mais j’imagine que le goût se rapproche – et pour cause – de certains tabacs à pipe (un objet que j’affectionne et que je fume régulièrement). De là à dire que ce ne sont pas des cigares, que c’est une hérésie… Why not ? Mais je me méfie toujours des « il ne faut surtout pas » et des « quelle horreur ! »… Je pense qu’il faut parfois bousculer ses propres habitudes, mettre de côté l’Etiquette pour entretenir la flamme. Ce n’est que mon point de vue, bien sûr…

  7. Datavinn says:

    J’opine du chef.

    Sur « Cigares » j’ai une question qui me revient à chaque fois que je le feuillette, pourquoi ne pas avoir mis « Por Larañaga » dans l’index des marques ?

  8. admin says:

    @ Datavinn : Le livre devait faire au départ 190 pages. Il n’en fait plus « que » 160, j’ai donc écarté des marques, à Cuba et ailleurs. Le choix a été difficile, arbitraire. Et même douloureux puisque j’avais déjà rédigé les paragraphes qu’il a fallu couper. Je crois que j’ai mis de côté Por Laranaga au profit de labels plus « populaires » ou qui se vendent davantage. Un choix « grand public » qui se discute, bien évidemment…

  9. Datavinn says:

    Merci pour cette réponse :)
    Je le redis, c’est un joli livre, du beau boulot et j’en suis sûr, cela n’a pas dû être simple de faire des choix.

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