L’interview de Kevin Costner, ou comment se faire (gentiment) enfumer…

Untouchablest

Faut-il raconter les coulisses de ses articles, quitte à prêter à sourire ? Au début de l’été dernier, je reçois un e-mail d’un attaché de presse indépendant : « Kevin Costner sort en France un album de rock ». Après Bruce Willis et quelques autres, cela fait un de plus. Donc je laisse passer. Ce n’est que le lendemain que je fais le lien. Il n’y a pas si longtemps, l’acteur a fièrement posé en CostnerCA0808-250couverture du magazine américain Cigar Aficionado, un beau module à la main. Je retourne donc à mes e-mails et demande une interview. On ne sait jamais. Trois jours plus tard, réponse. « Vous l’aurez au téléphone dans une semaine, à 20 h. Bonne fin de journée ». A l’heure dite, comme prévu, je fais sonner le téléphone d’une chambre d’hôtel aux Etats-Unis (j’ignore quelle ville, on ne me l’a pas précisée) où Costner fait escale avec ses musiciens. L’enregistreur tourne. Le combiné en main, je place soigneusement sous mes yeux ma feuille de questions – et je me lance. « Ravi de pouvoir parler volutes avec vous, m’sieur ! » Au bout du fil, un raclement de gorge, suivi d’un soupir. Las, je déchante vite : Costner, goguenard, raconte illico qu’il ne fume pas. « Euh… Pas même un peu ? » « Non, je ne suis pas fumeur. Mais alors pas du tout. Désolé ». Pourtant, cette Une du magazine américain ? « Survendue, le journaliste m’a piégé ! » Pigeonnant au passage un bon paquet de lecteurs… et votre serviteur. J’ai tout de même aligné mes questions. On a peu parlé cigares, mais l’ensemble se tenait. On a même parlé de Castro et d’Obama. Le tout a paru dans L’Amateur de Cigare de septembre-octobre. Si cela vous dit, c’est juste après, en cliquant ci-dessous…

On vous connaissait sous les traîts de ce lieutenant nordiste épousant les valeurs sioux dans Danse avec les loups, ou en pugnace procureur Garrison pour J.F.K. Vous voici chanteur avec un groupe country rock, Modern West
Cette casquette-là, je l’ai pourtant étrennée bien avant de jouer la comédie. Je revois ma grand-mère jouer du piano à l’église, puis mes parents me forcer à me mettre au clavier. Le solfège, le classique… On ignore à quel point ça vous traumatise un gamin ! (rires) Pour ne rien vous cacher, j’ai commencé la guitare il y a quatre ans seulement. Je me contente de jouer de la rythmique.

Le cinéma vous a permis de défendre des thèmes qui vous sont chers, comme le devoir de mémoire envers l’extermination des indiens. Qu’en est-il avec ce nouveau support ?
Je mets ma vie dans mes chansons, cependant, les thèmes restent universels : l’amour, la rupture, les virées en bagnole… Il y a un titre sur la désolation semée par l’ouragan Katrina sur les maisons et dans les vies. Notre style est rock, avec des accents country.

GERMANY-US-MUSIC-COSTNERVos derniers films n’ont pas fait trembler le box-office. Le chant, c’est une reconversion sur le tard ?
En aucun cas ! Je reste acteur et producteur, je ne change rien à mon emploi du temps. Cet album, je n’étais pas forcément partant pour le faire. Ce sont les musiciens du groupe avec qui je joue, Modern West, qui le souhaitaient ardemment. Jusqu’ici, on faisait des concerts aux Etats-Unis. Maintenant que le CD est enregistré, on me demande d’expliquer, de me justifier… Ce qui est normal. A moi de prouver que je suis bon là-dedans !

Sur scène, justement, la réaction des spectateurs est immédiate. On est à l’opposé d’une salle obscure. Cela répare-t-il un manque ?
En partie. Longtemps, mes contacts avec mon public se sont résumés à signer des autographes en entendant : « La vache ! Il est carrément plus grand en vrai ! »  (rires)… La scène, c’est un peu plus généreux, pour eux comme pour moi.

Pourra-t-on le constater en France ?
Je donnerai un concert à Monaco en octobre. J’aimerais jouer ensuite dans une salle à taille humaine à Paris mais… (un silence) Je ne sais pas si les Français vont aimer ma musique… Je crois que je suis davantage taillé pour le public américain.

C’est à dire ?
Je suis convaincu que les Français me voient comme un mec très « simple », limite rustaud. Je ne sais pas si vous avez une image si positive de moi. Je me dis que vous devez me trouver ennuyeux et à des années-lumières de vos critères de bon goût. Je suis par quintessence américain jusqu’au bout des ongles, je fais des westerns, des films sur le base-ball…

Dites-nous : qui verra-t-on en premier dans les prochains mois ? Costner l’acteur ou le rocker ?
Difficile de le dire, mais deux films devraient bientôt sortir. Tout d’abord The New Daughter, un thriller où je joue un père de famille récemment divorcé, qui déménage à la campagne avec ses enfants… Et voit sa fille devenir folle, quasiment possédée. Il y a aussi The Company Men, où je partage l’affiche avec Ben Affleck et Tommy Lee Jones. On joue trois types malmenés par la crise financière, guettés par le chômage.

Permettez-moi de revenir sur ce film sorti en 2001, Treize Jours, qui évoquait la crise des missiles à Cuba. Tous les acteurs n’ont pas le « privilège » de rencontrer Fidel Castro en personne, à La Havane…
On a effectivement pu le présenter là-bas. Quel souvenir… J’ai passé sept heures avec Castro en deux ou trois jours. Le film l’a captivé, on imagine bien pourquoi ! Cette période a été cruciale pour asseoir son autorité. Lorsqu’il me parlait de Kennedy, il rajeunissait à vue d’oeil. C’était incroyable d’être là, en face de lui. Je garde l’image d’une force de la nature, qui commençait à réellement s’animer à trois ou quatre heures du matin alors que moi, je n’en pouvais plus !

Vous avez soutenu Barack Obama durant sa campagne. Etes-vous confiant pour une levée rapide de l’embargo sur Cuba ?
Cela va arriver très vite, maintenant. Le monde est un endroit devenu trop petit pour que les gens se fassent la guerre. Il ne faut jamais oublier l’Histoire de chacun, mais celle-ci ne doit pas guider aveuglément les décisions. La nature de l’homme, c’est de dépasser les crises comme celle qui dure depuis tant d’années entre Cuba et les Etats-Unis. J’aimerais vraiment pouvoir retourner là-bas avec mes enfants.

Cuba nous amène naturellement à parler cigares. Il y a quelques mois, vous posiez en « une » du magazine Cigar Aficionado et pourtant, vous me l’avez appris avant de débuter l’entretien, vous ne fumez pas !
C’est exact. Je me suis fait gentiment piéger. Je ne suis pas fan de l’odeur, je fume rarement… Pire, je vous avoue que l’interdiction de fumer au restaurant n’est pas pour me déplaire. En revanche, j’adore en avoir un en main, le manipuler. Je me souviens que Speilberg m’en a attribué un d’office pour La Mascotte, l’un des courts-métrages de la série Histoires extraordinaires, en 1985. J’y jouais un capitaine de bombardier de la Seconde Guerre mondiale qui machouillait son cigare bon marché lorsqu’il était à terre. Plus le cigare est gros, plus le personnage s’épaissit. C’est un accessoire de rêve pour un acteur.

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5 Responses to L’interview de Kevin Costner, ou comment se faire (gentiment) enfumer…

  1. claude says:

    C’est dingue comme il complexe vis à vis des français ma vision de KK a changée après cet inteview il me semble accessible, faut pas hésiter à l »enciurager car en france rien qu’avec son nom il rempli la cigale une semaine

  2. Je m’étais posé la question avec quelques autres de l’intérêt de cet entretien comme il ne fume pas le cigare… mais tout le monde s’est donc fait piéger par la Ci.A. :D

  3. hemet says:

    et bien si mosnieur costner, dites -vous que vous avez en france des personnes qui sont sensible à votre musique, tout simplement parce que votre cd est très bien fait… quand la qualité est là…on ne peut qu’apprécier. alors vraiment, nous attendons votre visite en france.

    see you later kévin.

  4. Pingback: Kevin Costner attaquera La Cigale le 22 février 2010 « The Chesterfield Project

  5. ventrelli titou says:

    en france kevin on vous voit comme un mec solide, sûr de ses choix, ne faisant pas n’importe quoi, restant fidèle à lui même !!
    ne devenez pas quelqu’un d’autre , please !!
    à vous voir,
    titou

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