
C’est difficile de parler d’un film qu’on a aimé quand celui qui l’a réalisé vous dit comment vous êtes sensé l’avoir perçu.
Je m’explique.
J’ai vu Gainsbourg, une vie héroïque de Joann Sfar, auteur de BD prolifique (Le Chat du Rabbin, Le Petit Vampire…). Dès les premières lignes du générique, le spectateur est prévenu : il s’agit d’un « conte ». Pourquoi pas ? L’idée est d’ailleurs futée. Pour s’attaquer à un tel morceau sur grand écran, autant ne pas y aller en frontal. Mieux vaut prendre des libertés, faire quelques détours. « Eviter le Musée Grévin », comme l’a souligné le réalisateur dimanche soir dans le JT de TF1. OK. Et comme si cela ne suffisait pas, Sfar achève son film sur une auto-citation, dans laquelle il déclare préférer les zones d’ombres de l’homme à tête de chou plutôt que la vérité.
D’accord, il y a, dès les premières secondes, un générique sous forme de dessin animé. Mais bon, ça n’est pas neuf, et ça ne fait pas un conte. Voyons plus loin… Tiens : il y a des choix de casting assez rock’n roll : Philippe Katerine dans la peau de Boris Vian. Et Anna Mouglalis (vous savez, l’égérie Chanel qui parle avec le nez et du papier de verre dans la gorge ?)… Cherchons encore.
La vraie bonne idée : l’intervention régulière d’un mime, grimé en caricature de Gainsbourg, sorte de génie pousse-au-crime. Il apparaît à chaque fois pour bousculer le héros lorsqu’il doute de lui, se retrouve face à un choix (divorcer de sa première épouse, écrire des chansons pour la génération yé-yé…). Longiligne, grandes oreilles, nez et doigts crochus, tiré à quatre épingles et maniéré, il s’appelle La Gueule. Une ébauche du futur Gainsbarre, en plus classieux et plus rusé, dans laquelle s’est glissé le félin Doug Jones. Or, ce procédé narratif ingénieux, déstabilisant mais poétique, Sfar l’utilise avec parcimonie. S’est-il bridé ? Le personnage n’intervient que quelques instants toutes les quinze, vingt minutes. Il est même absent des bande-annonces ! De peur de s’aliéner une partie du public, des fans ?
Parce que, si je reprends bien mes contes comptes :
De bout en bout, Gainsbourg, une vie héroïque, est au final un film classique, respectueux, chronologiquement fidèle, aux dialogues bien sentis, aux protagonistes physiquement ressemblants (à part Philippe Katerine en Boris Vian et Anna Mouglalis, hein). Eric Elmosnino est bluffant, touchant, misant sur le côté timide et mal assuré du chanteur (mais au fait, quitte à « éviter le Musée Grévin », pourquoi avoir l’affublé de prothèses (nez et oreilles), comme Cotillard dans La Môme ?), Laetitia Casta imite Bardot sans réinventer l’icône, Lucy Gordon campe une Birkin effacée.
Bref, c’est un biopic comme il y en a déjà eu tant d’autres. A cheval entre audaces baroques et copie de bon élève. Au passage, soulignons que Sfar s’est offert les services de Gilles Verlant, biographe « officiel » du maître. On reste donc pas loin du petit doigt sur la couture, rapport au mythe. La prouesse de Joann Sfar, c’est avant tout d’avoir réussi son plan com’ avant la sortie du film : la presse féminine, Claire Chazal dimanche soir sur TF1, Béatrice Schönberg face à Elmosnino hier sur France 3 : tout le monde salue le « conte ». Lequel n’existe que dans l’intention. Dans les faits, la promesse n’est que partiellement tenue.
Je suis retombé il y a quelques jours sur le hors-série Télérama consacré à Gainsbourg, dans lequel Sfar, alors en plein tournage, martelait que son film ne serait pas un biopic comme La Môme de Dahan.
Désolé, monsieur Sfar, mais La Môme, c’est pour moi un conte aussi ennuyeux que votre biopic (pour moi, ce n’est pas un gros mot) est séduisant.
Flux RSS
Histoire vraie:
Je faisais mes courses au G20 en bas de chez moi, à la caisse, je croise… quoi? Gainsbourg? je reste figé. Le mec lui ressemble trop… et je me rends compte que je suis à côté d’Eric Elmosnino. Je le recroise 20 mn après, dans le froid, assis seul à la terrasse d’un café.. Image encore plus saisissante. Je comprends donc ce que tu veux dire, Guillaume, quand tu te demandes pourquoi les prothèses…
En bande dessiné, Sfar a fait beaucoup de beaux albums mais il est assez difficilement dissociable de sa production, comment dire, quand je pense « Sfar » j’ai en écho : « Et moi, et moi, et moi je… »
Je pense attendre avant de le voir, histoire de ne pas en attendre trop, ce qui se passe souvent quand tout le monde en parle trop.
Et dissocier Sfar d’un côté, le film de l’autre.
Chapeau à l’acteur principal en tout cas, il a l’air impressionnant.
Belle critique !
Le dénommé Sfar est une sorte de pisse-vinaigre suffisant, qui décrète ce qui est correct de ce qui ne l’est pas. Il a notamment déclenché une polémique idiote en traitant Yann le dessinateur de Spirou d’antisémite à propos de l’album « le groom vert de gris »… Cherchez sur google, c’est édifiant. Belle critique mon cher Guillaume
SFAR, j’aimais bien, il a du talent , beau dessin, belle écriture (le petit monde du golem, le chat du rabbin…) et puis à l’image de certains DJ il s’est perdu en multipliant les sorties d’album et les collaborations. Maintenant, il « remixe » c’est son nouveau truc : allez une petite adaptation en BD du « Petit Prince » un bon biopic des familles sur Gainsbourg (avec l’adaptation BD en prime). Et bien comme pour les DJ au bout d’un moment on se lasse du prolifique SFAR. Bon j’avoue, en tant que fan de Gainsbourg, j’irai quand même voir le film!
En effet,
Je suis allé lire le blog de Sfar au sujet de Spirou et de ses auteurs (sa pseudo analyse puis sa réponse aux propos de Yann), c’ est assez consternant en effet, il doit souvent aller bouffer avec Val et Moix, les deux autres inquisiteurs qui dressent ça et là des procès en sorcellerie dès qu’ un propos un peu subtil les dépasse…
Pour la peine je n’ irai pas au cinéma et je téléchargerai son biopic comme un vil pirate !
P.S : rien de personnel, Sfar, je suis allergique aux salles obscures et le dernier film que je suis allé voir au cinoche remonte à…Léon !
P.S 2 : Guillaume, je n’ ai jamais compris le succès jusqu’ outre-Atlantique de l’ actrice aux yeux de mérou qui a campé l’ insupportable Piaf…
Bizarre, bizarre.
J’avais posté un commentaire sur un des articles plus ancien, mois de décembre je crois ?
Je crois, que c’était à propos des cubains, c’était du au fait que j’avais appris qu’ils ne pouvaient pas se permettre de fumer les grandes marques, (que nous occidentaux connaissont), Montecristo, Partagas ,etc. Et pas eux.
Apparemment il a été effacé.
Aucune insulte, discrimination ,etc.
Donc, si on se met à censurer pour un oui ou pour un non les commentaires, je ne tarderai pas à supprimer ce blog de mes favoris et par la même occasion de ne plus y mettre les pieds…
Bonjour Sam !
Vous parlez du commentaire posté le 9 janvier à 15 h 18 min, sous le pseudo de « Samy » ?
Il est toujours là, parmi les commentaires du post « Cigares cubains, le charme discret des sans bagues »…
Un petit souci de lunettes ? Je vous conseille d’ajouter un opticien parmi vos favoris. Mais vous restez quand même parmi nous, d’accord ?
Guillaume
Cela faisait des mois que je n’avais pas été dans une salle obscure. J’y suis retourné pour voir ce film. Entre autre grâce à ce post. Je tenais donc à te dire un grand merci. Au passage je me souviens que c’est déjà toi qui m’avait fait découvrir et apprécier Serge à l’adolescence
Outres toutes tes « critiques » qui n’en sont en fait pas vraiment avec lesquelles je suis globalement d’accord, je regrette un peu la disproportion enfance/gainsbourg/gainsbard. J’aurais aimé en voir plus sur la fin de sa vie (qui passe vraiment comme un éclair) et un peu moins sur le début.
Cela reste un excellent film que je reverrais avec grand plaisir.
Difficile posture que de critiquer ce film! Vous vous en sortez magistralement entre clairvoyance, irrévérence et brillance!