Saharienne : le choix désarme

Le point commun entre Ernest Hemingway en Afrique, le fusil en joue et le cadre parisien l’iPhone collé à l’oreille ? La saharienne. Un incontournable de la garde-robe, aussi pratique qu’indémodable. D’esprit militaire, légère, dotée d’épaulettes, de quatre poches à soufflets solides cousues sur le devant (sur la poitrine et sous la taille), elle séduit massivement l’urbain en quête de chic utile. Appelée aussi « bush jacket » ou « safari jacket », il y a pourtant longtemps qu’elle a quitté la savane et la jungle qui l’ont vu naître. Mais voilà : avec ou sans ceinture, en coton ou en lin, kaki ou sable, dénichée dans un magasin de pêche, de chasse ou chez H & M…  Il y a de quoi perdre le Nord devant la quantité d’ersatzs qui encombrent les linéaires…

Revenons d’abord à la genèse de ce basique masculin. L’américain Alan Flusser, auteur d’un ouvrage sur « la maîtrise de l’art de se bien vêtir »*, date aux années 1930 les premières détournements civils de vestes militaires de la Première Guerre Mondiale. En tête : la saharienne, largement utilisée par les troupes du Commonwealth dans les colonies d’Asie et d’Afrique. D’une sobriété exemplaire, impeccablement coupé, le modèle utilisé par les soldats de Sa Majesté dans les années 1930 est d’ailleurs un best-seller de la maison Doursoux. Du fond de son hangar caché derrière la gare Montparnasse, cette société parisienne, spécialiste du vêtement militaire et fournisseur pour le cinéma (OSS 117, La Chute du Faucon Noir…), vend comme des petits pains sa réplique de la veste portée par l’armée britannique lors de la campagne de Palestine en 1917, puis en Birmanie (1942 – 1945). Ses clients ? « L’adepte du costume Yves Saint-Laurent, celui qui part en Afrique… Ou qui repart chez lui en scooter ! » constate Rémy Césard, vendeur chez Doursoux. Lui-même collectionneur, il est intarissable sur le tissu réglementaire (« en principe, de l’Aertex, une toile légère et respirante ») et joue au casque bleu lorsqu’on aborde la question qui fâche : la ceinture, ou martingale. « Ah, ça… C’est LE débat. Elle n’est pas obligatoire, mais il n’y a rien de mieux pour flatter la silhouette. Question de goût ».

Toujours à propos de goût, avec ou sans ceinture, il reste de bon ton d’éviter le « total look » en ville. « Avec cette veste, seules les femmes ont droit de se la jouer Meryl Streep dans Out Of Africa », met en garde Rémy Césard. Oubliez le pantalon treillis et les rangers. Que vous choisissiez votre saharienne kaki ou beige (plus modernes, le blanc cassé ou le marron gardent le droit de cité), vous n’êtes ni Benicio del Toro dans la peau du Che, ni Clark Gable dans Mogambo. Panachez impérativement (on dit aussi « casser ») votre veste avec du denim. En dessous, chemise blanche ou de couleur pastel, ou t-shirt noir ou blanc seront du meilleur effet. Souliers habituels ou tennis finaliseront l’allure.

Coupe large ou plus ajustée, mélange de coton et de lin ou tissu moderne « intelligent » laissant le vêtement respirer : en 2011, la saharienne reste elle-même tout en jouant avec les codes. Les enseignes l’ont bien compris. Du prêt-à-porter (New Man, Barbour, Zara…) aux équipementiers de chasse (Beretta, Barbour…), tous affichent le basique à leur catalogue. Avec une constante : des poches spacieuses et immédiatement accessibles. Idéales pour protéger portefeuille, téléphone, briquet… Et l’indispensable étui à cigares.

*Alan Flusser, Dressing The Man, The Art Of Permanent Fashion, Harper & Collins.

 

Six cartouches pour vous mettre en chasse :


Vintage. Coupe raccourcie, triple pli d’ampleur, poches à soufflets… Laisse passer l’air et empêche l’humidité d’entrer. Disponible en jungle green et kaki sable.
Pour le flegme british d’Alec Guinness dans Le Pont de la rivière Kwai.
Saharienne Air Flex Doursoux, 89 euros. Rens. : 01 43 27 00 97 et www.doursoux.com .

 

 

Africaine. Depuis quinze générations, Beretta fabrique armes et vêtements de chasse. Cette saharienne en twill de coton cultive la fibre safari. Disponible en vert chasse et beige.
Pour le glamour de Robert Redford dans Out of Africa.
Saharienne Beretta, 195 euros. Rens. : 01 56 88 59 59  et  www.berettagallery.com

Mode. Un exemple réussi de réappropriation par une enseigne au catalogue à la fois sage et actuel. En tissu 52 % coton, 48% lin, ce modèle légèrement cintré est surmonté d’un col montant fermé par patte.
Pour un look branché.
Saharienne Cyrillus, 219 euros. Rens. : www.cyrillus.fr .

Nature. Ce modèle séduit par le tombé et la précision de sa coupe. En tissu 65 % coton et 35 % polyamide. Ouverture dos pour une bonne aération. Gansage cuir.
Pour une allure à la Hemingway.
Saharienne Zakary Club Interchasse, 179 euros. Rens. :  www.kettner.fr .
British. Coupe ample pour cette veste « Washed Twill Trooper » en coloris olive ou sable. 100% coton prélavé, elle est pourvue des quatre poches traditionnelles et d’un soufflet d’aisance au dos pour plus de confort.
Pour le classicisme de l’enseigne et son savoir-faire.
Saharienne Barbour, 249 €. Rens. : www.barbour.com

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2 Responses to Saharienne : le choix désarme

  1. Guillaume says:

    Cher membre des Messieurs bonjour,
    Je découvre votre blog depuis la page les Messieurs dont je fais aussi partie… En guise de saharienne, jetez un oeil sur les création de J.Keydge marque française, défenseur également de la slack jacket ! Difficile aujourd’hui à trouver puisque le bouclard derrière la place de la madeleine à paris n’existe plus. Néanmoins on trouve des pièces chez Friday Wear sur Paris et quelque fois sur des sites de vente en ligne.
    Bien à vous
    Guillaume

  2. FAT. says:

    cher lecteur,

    Je voudrais vous signaler que J.Keydge, marque française et créateur de la slack jacket a ouvert son site de vente en ligne : http://www.jkeydge.com
    vous y trouverez sa collection Automne-Hiver 2011 avec ses vestes Slack « Molle » ainsi qu’une rubrique Promotion ou se trouve une saharienne QUAD en chino avec une déclinaison de 5 coloris à un prix très abordable.

    Cordialement,
    Fat.

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