<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Guillaume Tesson. Un blog. &#187; Bistrots &amp; Co</title>
	<atom:link href="http://www.guillaume-tesson.com/category/bistrots-co/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.guillaume-tesson.com</link>
	<description>Signaux de fumée et dérives partagées.</description>
	<lastBuildDate>Mon, 28 Nov 2011 14:31:02 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.1.1</generator>
		<item>
		<title>Jean-Marie Gourio, l&#8217;interview (seconde partie) : &#171;&#160;Pendant que je te parle, il y a une petite grand-mère au comptoir devant son verre&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.guillaume-tesson.com/2009/11/05/jean-marie-gourio-linterview-seconde-partie-pendant-que-je-te-parle-il-y-a-une-petite-grand-mere-au-comptoir-devant-son-verre/</link>
		<comments>http://www.guillaume-tesson.com/2009/11/05/jean-marie-gourio-linterview-seconde-partie-pendant-que-je-te-parle-il-y-a-une-petite-grand-mere-au-comptoir-devant-son-verre/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 05 Nov 2009 10:06:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bistrots & Co]]></category>
		<category><![CDATA[bars]]></category>
		<category><![CDATA[bistrots]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves de comptoir]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Marie Gourio]]></category>
		<category><![CDATA[Paris]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Laffont]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.guillaume-tesson.com/?p=409</guid>
		<description><![CDATA[Pourquoi continuer à entrer dans les bars, bientôt 30 ans après les premières brèves ? Parce qu&#8217;il y a de la tendresse derrière les mots, des fêlures dans la déconnade, une vibration. Ce sont des mots avec de la vie &#8230; <a href="http://www.guillaume-tesson.com/2009/11/05/jean-marie-gourio-linterview-seconde-partie-pendant-que-je-te-parle-il-y-a-une-petite-grand-mere-au-comptoir-devant-son-verre/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><img class="alignleft size-medium wp-image-435" title="Week-end Rock'n Roll (mars 2007) 224" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/11/Week-end-Rockn-Roll-mars-2007-224-300x225.jpg" alt="Week-end Rock'n Roll (mars 2007) 224" width="270" height="203" />Pourquoi continuer à entrer dans les bars, bientôt 30 ans après les premières brèves ?<br />
</strong></p>
<p>Parce qu&#8217;il y a de la tendresse derrière les mots, des fêlures dans la déconnade, une vibration. Ce sont des mots avec de la vie à l&#8217;intérieur. Quand la tristesse s&#8217;immisce dans la blague, mais inconsciemment, il y a comme un chaud-froid qui est très émouvant dans ces mots de comptoir. Cela me fascine autant qu&#8217;en 1985, quand j&#8217;ai noté ma première brève. C&#8217;était : <em>&laquo;&nbsp;Une plante carnivore peut pas être végétarienne, enfin, je crois !&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p><span id="more-409"></span></p>
<p><strong>Y a-t-il un avenir pour la brève de comptoir ?</strong></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-431" title="brèves49" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/11/brèves49-183x300.jpg" alt="brèves49" width="183" height="300" />Tant que les gens pourront discuter et déconner dans un esprit buissonnier et de liberté, il y aura des brèves. Le danger, c&#8217;est de se retrouver chez soi tout seul. Autre chose : n&#8217;oublions pas que la brève s&#8217;appuie sur une émulation générée par le monde du travail. Ce monde là, au café, il fait de la brève. Les peintres et les maçons, et les éboueurs au bistrot, c&#8217;est formidable. Les éboueurs à six heures du matin tu les vois, ils sont fini le boulot, ils s&#8217;accoudent au bar pour boire des p&#8217;tits coups de blanc. Ils rigolent ils déconnent, hop, c&#8217;est des brèves. Une fois, j&#8217;avais entendu une dame assez âgée qui disait que son mari allait au bistrot tant qu&#8217;il allait bosser. Retraité, c&#8217;était fini, il n&#8217;y allait plus. S&#8217;il n&#8217;y a plus de boulot, il n&#8217;y aura plus de bistrots, plus de parole. On rentrera dans une ère de solitude terrifiante. Il faut s&#8217;attendre à une vague de suicides&#8230;</p>
<p><strong>Pourtant, j&#8217;ai longtemps cru que les brèves étaient dues essentiellement à des chômeurs, des inactifs&#8230;</strong></p>
<p>Le chômeur au café, il se réintègre très vite au monde du travail. Le facteur rentre, ça discute un peu, puis deux maçons rappliquent et la conversation s&#8217;anime. Le gars n&#8217;est plus seul, il ne se dessèche plus. Du coup, il fait des brèves. T&#8217;as remarqué ? Quand un chômeur discute avec un maçon, il est capable de le faire chier pour lui expliquer comment on fait un mur ! (rires) Le bar, c&#8217;est l&#8217;endroit où le chômedu parle le plus du boulot, finalement. Il peut dire du mal de la Poste, le facteur se met dans la foulée à vanner les chômeurs et ainsi de suite. Le lien social, il se niche là. C&#8217;est pareil avec les retraités. Tu te demandes toujours pourquoi ils prennent le bus à la même heure que toi, pourquoi ils vont au Franprix pile au moment de la sortie des bureaux ? C&#8217;est pour être dans la foule, pour être avec les autres. Le bistrot, c&#8217;est idem : c&#8217;est un transport en commun.</p>
<p><strong>Toute cette poésie nourrit aussi tes romans. Sur quoi travailles-tu en ce moment ?</strong></p>
<p>Je tourne, je vire&#8230; Je suis surtout sur une recherche de forme. J&#8217;essaie de trouver un système où je puisse utiliser la forme des <img class="alignright size-medium wp-image-432" title="BrèvesBouquins7571" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/11/BrèvesBouquins7571-192x300.jpg" alt="BrèvesBouquins7571" width="192" height="300" />brèves. Un truc romanesque qui raconte une histoire commune de manière éclatée, tisser des phrases apparemment sans lien les unes avec les autres. J&#8217;ai déjà écrit plusieurs romans. Mais là, j&#8217;en ai marre de <em>&laquo;&nbsp;ce jour-là, virgule, le soleil se leva sur Paris, point&nbsp;&raquo;</em>. Cela me gonfle. J&#8217;aimerais trouver une structure bordélique cohérente. Voilà. Dans <em>Apnée</em>, déjà, j&#8217;avais réussi à faire un texte d&#8217;une seule phrase, sans mettre de points, on était dans la tête d&#8217;une femme qui passait du coq à l&#8217;âne : son genou la grattait, puis elle repensait à un souvenir, etc&#8230; Mon truc, ce serait la même chose que la boule à facettes en discothèque : des milliers d&#8217;éclats de vie partout, qui tournent et racontent une histoire.</p>
<p><strong>Finalement, des brèves à tes romans, c&#8217;est la même musique&#8230;<br />
</strong></p>
<p>Je suis un peu poursuivi par mon truc. C&#8217;est la persistance de la vie, sans déconner. Tu vois, de ma fenêtre en face, j&#8217;ai dans mon champ de vision un bistrot allumé. La lumière de la porte vitrée est orange, un peu comme du Van Gogh. Cette persistance de vie dans la nuit &#8211; je sais pas ce qu&#8217;ils foutent, ça bouge un peu au comptoir &#8211; c&#8217;est comme les étoiles dans le ciel, quand tu les regarde et que tu te dis <em>&laquo;&nbsp;Tiens, c&#8217;est encore allumé ?&nbsp;&raquo;</em> (rires). C&#8217;est un petit miracle. Une force douce qui ne veut pas mourir. Pendant que je te parle, il y a une petite grand-mère au comptoir devant son verre. Elle préfère être dans une lumière commune que seule chez elle. C&#8217;est le mot &laquo;&nbsp;commun&nbsp;&raquo; qui compte vachement. Quand t&#8217;as toujours envie d&#8217;être accoudé à côté d&#8217;une grand-mère, d&#8217;un maçon, d&#8217;un boucher ou d&#8217;un chômedu, c&#8217;est le départ d&#8217;une petite révolution. Tant qu&#8217;on sera accoudés les uns à côté des autres dans tous les bistrots de France et du monde&#8230; Ben&#8230; On aura gagné, quoi !</p>
<p><strong>J&#8217;aime bien ce manifeste&#8230; Je me dis que c&#8217;est un peu l&#8217;esprit de ce blog : palace ou bistrot, clope ou cigare, à partir du moment où on échange en respectant l&#8217;autre&#8230; Gourio en parrain du <em>Chesterfield Project</em>, c&#8217;est jouable ?</strong></p>
<p>Super, ça me va, ça marche !</p>
<p><a class="a2a_dd" href="http://www.addtoany.com/share_save?linkname=The%20Chesterfield%20Project&amp;linkurl=www.guillaume-tesson.com"><img src="http://static.addtoany.com/buttons/share_save_171_16.png" width="171" height="16" border="0" alt="Share/Bookmark"/></a><script type="text/javascript">a2a_linkname="The Chesterfield Project";a2a_linkurl="www.guillaume-tesson.com";</script><script type="text/javascript" src="http://static.addtoany.com/menu/page.js"></script></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.guillaume-tesson.com/2009/11/05/jean-marie-gourio-linterview-seconde-partie-pendant-que-je-te-parle-il-y-a-une-petite-grand-mere-au-comptoir-devant-son-verre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Jean-Marie Gourio, l&#8217;interview (première partie) : &#171;&#160;Le bistrot, c&#8217;est un transport en commun&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/30/jean-marie-gourio-linterview-premiere-partie-le-bistrot-cest-un-transport-en-commun/</link>
		<comments>http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/30/jean-marie-gourio-linterview-premiere-partie-le-bistrot-cest-un-transport-en-commun/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 30 Oct 2009 12:33:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bistrots & Co]]></category>
		<category><![CDATA[bars]]></category>
		<category><![CDATA[Beaujolais nouveau]]></category>
		<category><![CDATA[bistrot du coin]]></category>
		<category><![CDATA[bistrots]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves de comptoir]]></category>
		<category><![CDATA[calepin]]></category>
		<category><![CDATA[Charlie Hebdo]]></category>
		<category><![CDATA[Facebook]]></category>
		<category><![CDATA[François Hadji-Lazaro]]></category>
		<category><![CDATA[Hara Kiri]]></category>
		<category><![CDATA[interdiction de fumer]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Marie Gourio]]></category>
		<category><![CDATA[La Nuit est jeune]]></category>
		<category><![CDATA[La Tartine]]></category>
		<category><![CDATA[Loi Evin]]></category>
		<category><![CDATA[Mènetou-Salon]]></category>
		<category><![CDATA[Paris]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Laffont]]></category>
		<category><![CDATA[Topor]]></category>
		<category><![CDATA[Twitter]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.guillaume-tesson.com/?p=339</guid>
		<description><![CDATA[Après une longue abstinence (sept ans, le temps de revenir au roman : Apnée, Alice dans les livres), Jean-Marie Gourio a repris du service pour rassembler une nouvelle moisson de brèves de comptoir, ces petits riens qui résument tout, sentences &#8230; <a href="http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/30/jean-marie-gourio-linterview-premiere-partie-le-bistrot-cest-un-transport-en-commun/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-large wp-image-341" title="Jeanmariegourionouvellesbreves" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/10/Jeanmariegourionouvellesbreves-685x1024.jpg" alt="Jeanmariegourionouvellesbreves" width="247" height="368" />Après une longue abstinence (sept ans, le temps de revenir au roman : <em>Apnée</em>, <em>Alice dans les livres</em>), Jean-Marie Gourio a repris du service pour rassembler une nouvelle moisson de brèves de comptoir, ces petits riens qui résument tout, sentences et réparties anonymes saupoudrées sur le zinc au dessus d&#8217;un demi ou d&#8217;un crème. <strong>Le deuxième opus de ses <em>Nouvelles brèves de comptoir</em> vient de sortir chez Robert Laffont</strong>. Amuse-gueules : <em>&laquo;&nbsp;Visiter le Louvre, t&#8217;as le temps de rien voir tellement y&#8217;a de tableaux, c&#8217;est une arnaque&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Quand je lis l&#8217;horoscope, je triche sur mon signe, de toute façon, personne vérifie&nbsp;&raquo;. </em><em>&laquo;&nbsp;Les handicapés ils veulent faire du sport, ils veulent travailler&#8230; Ils veulent faire tout ce que nous on fait pas&nbsp;&raquo;</em>&#8230; Et ainsi de suite.</p>
<p>Entre les rouflaquettes de Jean-Marie Gourio, on flaire un concentré de regards, d&#8217;haleines, de mains serrant des chopines ou des tasses fumantes et l&#8217;écho étouffé de discussions jusqu&#8217;aux lueurs de l&#8217;aube. En sa présence, je me suis peut-être laissé abuser par les petits verres de blanc, mais je me suis senti à mille lieues des postures amidonnées de chez <em>Costes</em> ou de l&#8217;ennui branché des derniers restos néo-bio à graines germées pour appétits mal lunés&#8230; Allez savoir.</p>
<p><span id="more-339"></span></p>
<p>L&#8217;interview a été embouteillée en deux fois : d&#8217;abord au comptoir de <em>La Tartine</em>, dans le quartier Saint-Paul (Paris) sous une pluie de Mènetou-Salon (<em>&laquo;&nbsp;Le vin préféré de Jean Carmet&nbsp;&raquo;</em>, dixit notre interlocuteur) puis quelques jours plus tard par téléphone, depuis son antre de Haute-Savoie, quelque part entre le lac d&#8217;Annecy et la montagne. Le tutoiement n&#8217;était pas obligatoire, mais <em>&laquo;&nbsp;A la tienne !&nbsp;&raquo;</em> sonnant mieux que <em>&laquo;&nbsp;A la votre !&nbsp;&raquo;</em>&#8230; il s&#8217;est imposé.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Une &laquo;&nbsp;chasse&nbsp;&raquo; à la brève, ça se prépare comment ?</strong></p>
<p>Je ne me dis jamais : <em>&laquo;&nbsp;Je vais chercher des brèves&nbsp;&raquo;</em>, mais <em>&laquo;&nbsp;Je descends au bistrot&nbsp;&raquo;</em>. Je me fais discret &#8211; sans me cacher non plus. La place stratégique, c&#8217;est le bout du comptoir, avec un journal. En fonction de l&#8217;heure, je commande un café ou un demi. J&#8217;ai mon stylo et mon calepin dans la poche. Quand je capte un bon mot, je le note aussitôt, tout chaud. Une brève se cueille immédiatement. Je fais comme les peintres : je laisse entrer la lumière, je ne la précède pas. On m&#8217;a souvent reproché de n&#8217;avoir rien inventé&#8230; C&#8217;est pas faux mais je pense malgré tout que l&#8217;inventeur de Lascaux, c&#8217;est pas le mec qui a peint Lascaux. C&#8217;est le type qui a découvert la grotte.</p>
<p><strong>Où sont les meilleurs &laquo;&nbsp;nids à brèves&nbsp;&raquo; ?</strong></p>
<p>Là où ça percute le plus, c&#8217;est dans les quartiers où ça bosse. La vie active, le labeur donne de belles réparties. Les jours de marché, c&#8217;est pas mal, ça brasse des groupes différents. Cela devient plus calme dans les bars fréquentés par des petits vieux. La brève s&#8217;y fait plus tendre.</p>
<p><strong>Quelles sont les qualités requises pour bien entendre une brève ?</strong></p>
<p>Il faut maintenir un état de vigilance détachée. C&#8217;est comme la dame au chapeau qui monte dans le bus. Tu la vois débarquer, t&#8217;as remarqué qu&#8217;elle porte ce chapeau avec une petite plume. Pendant le trajet, tu la garde dans ton champ de vision, sans la fixer&#8230; Il faut que tu puisse laisser défiler tes propres pensées. Mais si la dame a disparu et que tu ne l&#8217;as pas vu descendre, c&#8217;est foutu, t&#8217;as loupé le truc.</p>
<p><strong>Les gens vont de moins en moins au café mais &laquo;&nbsp;échangent&nbsp;&raquo; de plus en plus via les réseaux sociaux que sont <em>Facebook</em> ou <em>Twitter</em>. Les petites phrases de statut qu&#8217;on y inscrit, pour indiquer aux autres son humeur du jour, c&#8217;est potentiellement de la brève ?</strong></p>
<p>Non. Tu sais pourquoi ? Déjà, parce que la brève, c&#8217;est oral, ça se dit à la volée. Ensuite, on ne s&#8217;écoute pas prononcer une brève. Jamais. Dans 99% des cas, le mec qui sort une brève s&#8217;en rend compte <em>après</em> l&#8217;avoir balancée. C&#8217;est souvent son entourage qui le lui signale, d&#8217;ailleurs.</p>
<p><strong>Tu ne fumes pas le cigare, mais quelle image en as-tu ?</strong></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-412" title="topor" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/10/topor-285x300.jpg" alt="topor" width="285" height="300" />Je l&#8217;ai découvert par l&#8217;écriture, à travers tout un monde élégant avec des journalistes, des éditeurs&#8230; J&#8217;ai eu des repas d&#8217;affaires avec des éditeurs qui fumaient le cigare. Pour moi, le plus beau fumeur de cigare, c&#8217;était <strong>Roland Topor</strong> (photo). C&#8217;était un privilège de l&#8217;accompagner en buvant un digestif. On discutait et on rigolait. Un luxe magnifique. C&#8217;est ça qui me reste, un sentiment d&#8217;installation dans une relation tranquille. C&#8217;est quelqu&#8217;un qui se sent bien avec toi et puis tout d&#8217;un coup il sort un cigare, tranquille, tu vois, et là tu comprends qu&#8217;on va passer un bon moment, qu&#8217;on est pas pressés. C&#8217;est vachement agréable. Quand les cigares arrivent, on a pas envie de se quitter.</p>
<p><strong>Tu as travaillé pour Hara Kiri et Charlie Hebdo, des revues où le cigare, c&#8217;est souvent l&#8217;accessoire du méchant, du patron&#8230;</strong></p>
<p>Ah, non ! Moi j&#8217;ai toujours vu ça comme l&#8217;accessoire du jouisseur, pas du patron. C&#8217;est le truc des <img class="alignright size-thumbnail wp-image-413" title="hara-kiri1" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/10/hara-kiri1-150x150.gif" alt="hara-kiri1" width="150" height="150" />intellos bons vivants. J&#8217;ai toujours vu de grands intellectuels avec des cigares, jamais des patrons. Sauf, comme tu le dis, dans les dessins, les caricatures.</p>
<p><strong>Le fumeur de cigare est-il potentiellement un bon &laquo;&nbsp;animal à brèves&nbsp;&raquo;, à bons mots ?</strong></p>
<p>(il réfléchit)&#8230; Non, je ne crois pas parce que l&#8217;amateur de cigare est très installé. Sa fumée est propice à une conversation longue et construite. Quand Topor se mettait à parler d&#8217;un scénario de film, le cigare à la main, il prenait tout son temps. Tandis que la brève, ça part dans tous les sens, c&#8217;est le bordel. Le principe de la brève de comptoir, c&#8217;est le passage du coq à l&#8217;âne, les discussions rebondissent les unes sur les autres, ça s&#8217;engueule. C&#8217;est le feu d&#8217;artifice.</p>
<p><strong>Comment le non-fumeur que tu es juge-t-il l&#8217;interdiction totale de fumer dans les cafés ?</strong></p>
<p>C&#8217;est pas marrant. Le bistrot c&#8217;est fait pour boire des coups, discuter et fumer, quand même. On a fait un contre-sens. On a enlevé une liberté. D&#8217;office tu te dis merde, c&#8217;est con. On discute tranquille, on boit un coup, on fume un truc, bon&#8230; Cela a modifié quelques habitudes : les gens discutent, ça fuse dans tous les sens, et paf, t&#8217;en as un qui sort pour fumer. Il revient, l&#8217;autre est parti&#8230; Ça casse la déconnade de comptoir ! L&#8217;autre jour, je me suis retrouvé à payer un coup à un mec, il s&#8217;en va dehors, je suis resté tout seul avec le verre que je lui avais offert&#8230; On s&#8217;est perdus, on n&#8217;était plus dans la même bulle.</p>
<p><strong>Comment les habitués des cafés ont réagi à cette mesure radicale ?</strong></p>
<p>J&#8217;ai trouvé les gens vachement disciplinés. Du jour au lendemain, tout le monde a accepté de jouer le jeu. Je crois qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas envie que le patron ou la patronne aient des emmerdes. J&#8217;ai trouvé ça très mignon. Au fond, même si c&#8217;est une contrainte philosophique, peut-être que les gens avaient envie de moins cloper ?</p>
<p><strong>L&#8217;interdiction de fumer au bistrot a-t-elle inspiré ou modifié t</strong><strong>a collecte de brèves ?<br />
</strong></p>
<p>Deux ou trois conneries ont été dites, mais non. Par contre, il y a un truc drôle, c&#8217;est que tout le monde se retrouve sur le trottoir. Dans les quartiers où t&#8217;as plein de bistrots, t&#8217;as l&#8217;impression à certaines heures que c&#8217;est plein de putes ! C&#8217;est plein de nanas dehors, appuyées au mur qui parlent avec les mecs&#8230; Cela donne un nouvel aspect à la rue, la nuit. Tu vois, les putes on les a virées de Paris et c&#8217;est nous qui nous retrouvons à faire le trottoir, à fumer dehors&#8230; C&#8217;est une situation amusante.</p>
<p><strong><img class="alignleft size-medium wp-image-414" title="Lazaro_S" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/10/Lazaro_S-300x297.jpg" alt="Lazaro_S" width="300" height="297" />Dans son texte <em>La Nuit est jeune</em>, mis en musique par François Hadji-Lazaro,</strong><strong> Topor</strong><strong> disait : <em>&laquo;&nbsp;Les bars ne sont plus comme avant, ils ont rien de bon et c&#8217;est trop cher&nbsp;&raquo;</em>&#8230; Cela t&#8217;inspire quoi, ce paradoxe entre convivialité et rentabilité ?<br />
</strong></p>
<p>Le café est passé à 1,50 €, voire 2 € ! Avant, ça faisait partie du rituel du matin, tu buvais ton café en lisant le journal et en fumant ta clope. C&#8217;est un moment vachement doux du début de journée qui se perd, à cause de l&#8217;interdiction de cloper et des prix qui flambent. Sinon, est-ce que c&#8217;est moins bon, ce qu&#8217;on boit ? Je ne sais pas trop. C&#8217;est vrai que dans les bars à vin, le verre de Brouilly est facilement à 5 ou 6 euros, c&#8217;est un peu dingue. Si tu veux boire du bon, faut y mettre le prix.</p>
<p><strong>C&#8217;est bientôt la période du Beaujolais nouveau, d&#8217;ailleurs&#8230;</strong></p>
<p>Le Beaujolais nouveau, c&#8217;était une fête populaire vraiment marrante. Le petit tonneau aux Halles, c&#8217;était sympa. Mais c&#8217;est devenu n&#8217;importe quoi. Déjà, il est pas bon. Et il coûte une fortune ! C&#8217;est une opération commerciale énorme à trois euros le verre. C&#8217;est raté.</p>
<p><strong>Que penses-tu des bistrots tout neufs qui cultivent une patine rétro ?</strong></p>
<p>On fait &laquo;&nbsp;à l&#8217;ancienne&nbsp;&raquo; pour jouer au vieux Paris et monter les prix. Le vieux Paris, on sait bien qu&#8217;il n&#8217;existe plus. Ce sont des faux bars d&#8217;ouvriers, de faux bars Montmartrois en toc, bien trop chers pour les gens que vous ne croiserez d&#8217;ailleurs pas à l&#8217;intérieur. Le &laquo;&nbsp;populo&nbsp;&raquo;, on le chasse des grandes villes. Il est obligé d&#8217;aller habiter en banlieue. Alors il risque pas d&#8217;aller boire un coup en ville. Mais on garde cet aspect-là pour la bourgeoisie qui aime bien se retrouver dans un endroit qui sent le peuple. Aux Abbesses, dans le 18e arrondissement de Paris, c&#8217;est que ça. A Montmartre, c&#8217;est que du bidon. Rue Oberkampf, le Café Charbon : c&#8217;est du bidon. Il y font une émission de télé, maintenant, le Café Picouly, sur France 5. Dès qu&#8217;on a pris les bistrots pour en faire des cafés philo ou littéraires, on a viré les habitués pour les remplacer par des bobos.</p>
<p><strong>Rassure-moi, il y a encore des zincs à ton goût, à Paris ?</strong></p>
<p>Bien sûr. A Pigalle, il y a encore quelques bars. A Paris, les rues des marchés sont intéressantes. <img class="alignright size-thumbnail wp-image-415" title="Aligre_b" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/10/Aligre_b-150x150.jpg" alt="Aligre_b" width="150" height="150" />Celles d&#8217;Aligre, près de Bastille, comme quelques-unes autour de la rue Mouffetard, derrière la place de Clichy ou dans le XXe arrondissement. Le bistrot a changé de fonction, c&#8217;est devenu un local un peu branché, mais plus un bar où tu descends avec tes potes de boulot.</p>
<p><strong>Lesquels sont les mieux pour les brèves ?</strong></p>
<p>Je vais dans ce qu&#8217;on appelait à une époque le &laquo;&nbsp;bistrot du coin&nbsp;&raquo;. Et c&#8217;est marrant parce que cette formule elle raconte tout un monde, même si le bar en question n&#8217;est pas forcément à l&#8217;angle. Dans ces bistrots, il y a le petit vieux qui boit son coup, les artisans et les commerçants du quartier. A Annecy, où je vis, il reste encore la Buvette du marché et le Café de la Poste.</p>
<p><strong>Les noms des bistrots reflètent souvent une histoire&#8230;</strong></p>
<p>Ce qui est rigolo c&#8217;est que s&#8217;il y a eu un pont éboulé, ça va s&#8217;appeler le Café du pont éboulé. Au Chien <img class="alignleft size-thumbnail wp-image-411" title="gauloise" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/10/gauloise-150x150.jpg" alt="gauloise" width="150" height="150" />qui fume, le clébard avec une pipe dans la bouche, d&#8217;où ça vient ? Le Chat noir, pareil&#8230; On sait pas&#8230; Le nom, c&#8217;est toute une aventure. Après, les clopes sont arrivées. Cela a donné la Gauloise, le Disque bleu, le Balto&#8230; Je vais souvent au Disque Bleu, à Marseille. Pendant un moment, ça venait que de situations cocasses : A l&#8217;arbre tombé&#8230; C&#8217;est joli. On imagine qu&#8217;un arbre s&#8217;est couché, on voit le gamin qui monte à l&#8217;échelle pour peindre le nom du bistrot&#8230; C&#8217;est un petit bout du passé des gens. Tu rebois un coup ?</p>
<p><em>(A suivre&#8230;)</em></p>
<p><a class="a2a_dd" href="http://www.addtoany.com/share_save?linkname=The%20Chesterfield%20Project&amp;linkurl=www.guillaume-tesson.com"><img src="http://static.addtoany.com/buttons/share_save_171_16.png" width="171" height="16" border="0" alt="Share/Bookmark"/></a><script type="text/javascript">a2a_linkname="The Chesterfield Project";a2a_linkurl="www.guillaume-tesson.com";</script><script type="text/javascript" src="http://static.addtoany.com/menu/page.js"></script></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/30/jean-marie-gourio-linterview-premiere-partie-le-bistrot-cest-un-transport-en-commun/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Demain, l&#8217;interview de Jean-Marie Gourio, des Brèves de comptoir</title>
		<link>http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/29/demain-linterview-de-jean-marie-gourio-des-breves-de-comptoir/</link>
		<comments>http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/29/demain-linterview-de-jean-marie-gourio-des-breves-de-comptoir/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 29 Oct 2009 07:30:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bistrots & Co]]></category>
		<category><![CDATA[Charlie Hebdo]]></category>
		<category><![CDATA[Hara Kiri]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Marie Gourio]]></category>
		<category><![CDATA[Le Tribunal des flagrants délires]]></category>
		<category><![CDATA[Merci Bernard]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles brèves de comptoir]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Laffont]]></category>
		<category><![CDATA[The Chesterfield Project]]></category>
		<category><![CDATA[Zéro]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.guillaume-tesson.com/?p=392</guid>
		<description><![CDATA[Laissez-moi le temps de pousser un peu les murs et de mettre quelques quilles au frais : demain, comme je vous l&#8217;avais promis le jour de l&#8217;ouverture du Chesterfield Project, Jean-Marie Gourio causera ici même de ses Nouvelles Brèves de &#8230; <a href="http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/29/demain-linterview-de-jean-marie-gourio-des-breves-de-comptoir/">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-medium wp-image-393" title="CouveBrèves" src="http://www.guillaume-tesson.com/wp-content/uploads/2009/10/CouveBrèves-188x300.jpg" alt="CouveBrèves" width="150" height="240" />Laissez-moi le temps de pousser un peu les murs et de mettre quelques quilles au frais : demain, comme je vous l&#8217;avais promis le jour de l&#8217;ouverture du <em>Chesterfield Project</em>, <strong>Jean-Marie Gourio causera ici même de ses <em>Nouvelles Brèves de comptoir</em>, dont le deuxième tome est sorti la semaine dernière</strong> chez Robert Laffont.</p>
<p>Celui qui fut l&#8217;un des piliers de <em>Hara-Kiri </em>et de <em>Charlie Hebdo</em>, fondateur du potache <em>Zéro</em>, auteur pour <em>Le Tribunal des flagrants délires</em>, <em>Merci Bernard</em> et <em>Palace</em> répondra à des questions essentielles : comment cueillir une brève à maturité ? Où a-t-on le plus de chance d&#8217;en récolter ? Quel est l&#8217;impact de l&#8217;interdiction de fumer sur la qualité des brèves ? Faudra-t-il se ruer, dans trois semaines, sur le Beaujolais nouveau ? Comment faire la différence entre un bar populo et un bar de bourgeois ? Pourquoi les chômeurs au bistrot sont-ils utiles mais chiants ?</p>
<p>Bref, à demain.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.guillaume-tesson.com/2009/10/29/demain-linterview-de-jean-marie-gourio-des-breves-de-comptoir/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

