Dans un précédent post (on clique là), j’avais évoqué le dernier round du match entre la Coprova (l’importateur officiel des cigares cubains en France) et Procigar, la société dirigée par Gilles Botquin, qui importait de son côté des puros de « là-bas ». Les deux parties s’opposaient bien évidemment sur la diffusion des havanes en France. Y avait-il de la place pour plusieurs réseaux ? La réponse est non. Résultat des courses : Coprova : 1 / Procigar : 0. Mais alors, le « bébé » de Botquin, le label El Septimo, fabriqué au Costa Rica, allait-il survivre ? Je viens de recevoir un e-mail de monsieur Septimo, qui tient à rassurer (du moins, ceux qui étaient inquiets…). Le retour de ses cigares hors normes (tailles et tarifs ébouriffants), c’est « pour le 3 janvier 2010″. Le millésime 2008, baptisé Wild & Green 2008, devrait se décliner en 15 modules, dont 2 nouveautés : le X-Trem Shot (un Bullet au cepo de 58, long de 70 mm) et le Small Impact (un Torpedito de diamètre non précisé, long de 75 mm). « Ils sont destinés à un temps de dégustation court, de 20 à 30 minutes, et délivrent puissance et arômes immédiats, comme l’ensemble de la gamme », assure l’entrepreneur. La réédition des modules Bullet, Flamingo et Excepcion dans une Brown Collection Ultra Privada est annoncée dans la foulée. 400 boîtes de 25 ont été confectionnées. Les prix n’ont pas été communiqués, le nom de l’importateur non plus. Mais au moins, nous sommes rassurés. Non ?
El Septimo : on a reçu un courrier du patron…
Culture pub : Hamlet, révisons nos classiques !
Du culte, du culte et du culte. Neuf minutes d’humour british autour de la marque de cigares Hamlet… Enjoy !
Monsieur Cohiba est mort
En ouvrant hier soir l’excellent magazine European Cigar Cult Journal, j’ai appris avec un bon train de retard la mort d’Avelino Lara, le 27 octobre dernier à La Havane, à l’âge de 88 ans. Directeur de la fabrique El Laguito (établie dans une villa cossue du quartier de Miramar et exclusivement destinée au roulage des Cohiba, label né en 1968) durant un quart de siècle, créateur de la marque Trinidad et auteur des ligas des premiers Davidoff, il avait pris sa retraite en 1994. Deux ans plus tard, il était contacté par un certain Enrico Garzaroli, gérant d’un hôtel de luxe aux Bahamas, qui tentait sans succès d’exporter vers les Etats-Unis ses cigares roulés sur place, les Graycliff. Garzaroli entendait bien sûr crédibiliser sa marque en « débauchant » le grand maître du havane… Qui accepta ! Avelino Lara débarqua donc à Nassau, négocia l’arrivée de matériel et de torcedores importés de son île natale (dont son propre fils, Abel), et révisa les assemblages, issus de feuilles de tabacs des terroirs majeurs (excepté Cuba) : Saint-Domingue, Honduras, Nicaragua, Equateur, Brésil… Bref, un cigare sans tabac des Bahamas, puisqu’il n’en pousse pas sur l’archipel. Cette retraite dorée pèsera au final bien peu dans les faits d’armes de Lara, notamment parce que les Graycliff ne sont pas de grands cigares… Il restera l’homme qui hissa les puros de la réserve personnelle de Fidel Castro, réservés au Lider Maximo et aux cadeaux diplomatiques, parmi les marques de cigares les plus populaires du monde.

« Pigalle, la nuit » : en apnée sous les néons
Depuis quelques saisons déjà, Canal + bichonne sa case « fictions maisons ». Après l’ultra-violent Braquo, piloté par l’ex-flic Olivier Marchal, la chaîne cryptée a laissé en place les néons blafards, les gueules grises mal rasées et les petits matins aux
jambes cotonneuses. Nous voici en plein Pigalle. Deux clans vont s’y déclarer la guerre. D’un côté, Nadir Zainoun (Simon Abkarian), un wannabe caïd, faux dur mais vrai coeur d’artichaut, proche de ses filles. L’homme est à la tête du Sexodrome, un immense sex-shop truffé de cabines vidéo et de boxes de peep-show au milieu desquels des danseuses s’agitent nuit et jour. Le business tourne. Nadir parade avec ses manteaux à col fourrure et s’allume des Bolivar. Le jour où Dimitri (Eric Ruf), un jeune entrepreneur aux faux airs de Poutine, s’installe juste en face avec sa boîte clean et branchée – débauchant au passage des filles du Sexodrome – l’échiquier de Pigalle s’ébranle, à l’aube d’un réglement de comptes sanglant… Ce duel va se jouer sur fond de disparition : Emma (Armelle Deutsch), danseuse chez Dimitri, s’évapore mystérieusement le soir de l’inauguration de la boîte, sous les yeux de son frère (Jalil Lespert), qui ne l’avait pas revue depuis deux ans… Où est-elle ? Laquelle des deux factions le mettra sur la piste ?
Et donc, ça vaut quoi ?
C’est du bon. L’ambiance est glauque, les personnages attachants (mention spéciale à Simon Abkarian, réjouissante épine dorsale de la série, profil bien plus épais et lumineux que Lespert, le héros beau gosse annoncé). L’intrigue met un peu de temps à démarrer (deux épisodes, le temps d’installer les personnages, les clans) mais maintient un suspense constant, aux accents parfois lynchiens (les apparitions énigmatiques et fiévreuses du saxophoniste Archie Shepp, qui ne prennent leur sens que dans les toutes dernières scènes). Sans mauvais jeu de mot, pas de sexe gratuit dans ce Pigalle. Les réalisateurs visent davantage la psychologie des personnages que leur plastique (vous voilà prévenus). C’est à partir de ce soir.

Pigalle, la nuit, 8 X 52 min., d’Hervé Hadmar et Marc Herpoux, avec Jalil Lespert, Simon Abkarian, Armelle Deutsch, Eric Ruf, Sara Martins, Catherine Mouchet…
3 commentaires, laissez le votre ▶L’interview de Kevin Costner, ou comment se faire (gentiment) enfumer…

Faut-il raconter les coulisses de ses articles, quitte à prêter à sourire ? Au début de l’été dernier, je reçois un e-mail d’un attaché de presse indépendant : « Kevin Costner sort en France un album de rock ». Après Bruce Willis et quelques autres, cela fait un de plus. Donc je laisse passer. Ce n’est que le lendemain que je fais le lien. Il n’y a pas si longtemps, l’acteur a fièrement posé en
couverture du magazine américain Cigar Aficionado, un beau module à la main. Je retourne donc à mes e-mails et demande une interview. On ne sait jamais. Trois jours plus tard, réponse. « Vous l’aurez au téléphone dans une semaine, à 20 h. Bonne fin de journée ». A l’heure dite, comme prévu, je fais sonner le téléphone d’une chambre d’hôtel aux Etats-Unis (j’ignore quelle ville, on ne me l’a pas précisée) où Costner fait escale avec ses musiciens. L’enregistreur tourne. Le combiné en main, je place soigneusement sous mes yeux ma feuille de questions – et je me lance. « Ravi de pouvoir parler volutes avec vous, m’sieur ! » Au bout du fil, un raclement de gorge, suivi d’un soupir. Las, je déchante vite : Costner, goguenard, raconte illico qu’il ne fume pas. « Euh… Pas même un peu ? » « Non, je ne suis pas fumeur. Mais alors pas du tout. Désolé ». Pourtant, cette Une du magazine américain ? « Survendue, le journaliste m’a piégé ! » Pigeonnant au passage un bon paquet de lecteurs… et votre serviteur. J’ai tout de même aligné mes questions. On a peu parlé cigares, mais l’ensemble se tenait. On a même parlé de Castro et d’Obama. Le tout a paru dans L’Amateur de Cigare de septembre-octobre. Si cela vous dit, c’est juste après, en cliquant ci-dessous…
Quand le cigare allume la pub…
Je n’ai pas eu le loisir de goûter les cigares de la marque Independence. En revanche, en passant sur le blog d’Emery Doligé, j’ai pu constater que leurs éminences marketing avaient oublié de fumer la moquette. Témoin, cette vidéo faisant on ne peut plus corps avec son sujet. Le slogan ? « Roulés avec amour »… On regarde jusqu’au bout, bien sûr…
1 commentaire, laissez le votre ▶Demain, l’interview de Jean-Marie Gourio, des Brèves de comptoir
Laissez-moi le temps de pousser un peu les murs et de mettre quelques quilles au frais : demain, comme je vous l’avais promis le jour de l’ouverture du Chesterfield Project, Jean-Marie Gourio causera ici même de ses Nouvelles Brèves de comptoir, dont le deuxième tome est sorti la semaine dernière chez Robert Laffont.
Celui qui fut l’un des piliers de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, fondateur du potache Zéro, auteur pour Le Tribunal des flagrants délires, Merci Bernard et Palace répondra à des questions essentielles : comment cueillir une brève à maturité ? Où a-t-on le plus de chance d’en récolter ? Quel est l’impact de l’interdiction de fumer sur la qualité des brèves ? Faudra-t-il se ruer, dans trois semaines, sur le Beaujolais nouveau ? Comment faire la différence entre un bar populo et un bar de bourgeois ? Pourquoi les chômeurs au bistrot sont-ils utiles mais chiants ?
Bref, à demain.
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Cette fantaisie-là, c’est une exclu rien que pour vous. Elle me vient de Colin Field, le bartender du Bar Hemingway, du Ritz Paris. Avant l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics (qui frappa après un an de sursis les bars d’hôtels le 1er janvier 2008), Colin dégustait à chaque fin de service un bon cigare, souvent en disputant une partie d’échecs avec son second, Mr Burgos. La prohibition anti-volutes le laissa meurtri, mais il n’en montra rien. Ou si peu. Never complain, never explain. Il a fini par racheter à ses propres frais, un à un, les cigares de la cave noire laquée du Bar Hemingway. On le sait peu mais en fin d’année, Colin Field allait jusqu’à réserver un frisson exotique et excentrique – so british – à ses seuls clients : un cigare de Noël home made aromatisé par ses soins. Façon pudding… Vous voulez la recette ?
Pourquoi continuer à entrer dans les bars, bientôt 30 ans après les premières brèves ?
Après une longue abstinence (sept ans, le temps de revenir au roman : Apnée, Alice dans les livres), Jean-Marie Gourio a repris du service pour rassembler une nouvelle moisson de brèves de comptoir, ces petits riens qui résument tout, sentences et réparties anonymes saupoudrées sur le zinc au dessus d’un demi ou d’un crème. Le deuxième opus de ses Nouvelles brèves de comptoir vient de sortir chez Robert Laffont. Amuse-gueules : « Visiter le Louvre, t’as le temps de rien voir tellement y’a de tableaux, c’est une arnaque ». « Quand je lis l’horoscope, je triche sur mon signe, de toute façon, personne vérifie ». « Les handicapés ils veulent faire du sport, ils veulent travailler… Ils veulent faire tout ce que nous on fait pas »… Et ainsi de suite.
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