
Evidemment, ceux qui auraient déjà lu le post dans lequel j’évoque ma quête du Graal vont croire que je m’apprête à brandir ma peau de chamois pour cirer les Weston de Michel Leydier, l’auteur de cette biographie consacrée à l’homme au double-corona, pour augmenter mes chances d’arriver à mes fins. C’est exactement ce que je vais faire. Mais sans me forcer.
Car son bouquin captive du premier au dernier tiers, pour parler en dialecte cigare. L’histoire de ce livre (paru en 2004 mais réédité et enrichi à l’occasion de la tournée de Dutronc), à elle seule, est croustillante. Leydier, en 2003, interviewe le chanteur pour la sortie de l’album Madame l’existence. Il s’interroge, au détour d’une question, sur l’absence à ce jour de « biographie autorisée », dans laquelle Dutronc aurait pu se raconter, revenir sur ses carrières (chanson, cinéma) et son personnage. Une bio ? A quoi bon ? Apparemment, le Corse adoptif s’en tape. Mais quelques jours plus tard, coup de pouce du hasard : les deux hommes se croisent à nouveau. Et contre toute attente, Dutronc demande à Leydier si « ça tient toujours ». Forcément, ça tient toujours. « Alors je t’emmène avec moi en Corse ! » Homme de parole, c’est à Monticello qu’il se confie l’été même (canicule 2003), permettant au passage à son propre père (95 printemps), Françoise Hardy, Thomas et à de fidèles comparses de labeur et de déconne d’ajouter leurs palabres pour commenter cette vie truffée de faux-semblants, de coups d’éclat, de dilettantisme et de traits de génie.
Qu’on aime un peu ou fanatiquement le chanteur, l’acteur ou le personnage impénétrable aux lunettes fumées semant ses bons mots entre deux volutes (j’avoue placer celui-là avant les autres), on se laisse embarquer. L’auteur s’efface devant son sujet. Il ne se met en scène que de rares fois, pour situer son rapport à Dutronc (une enfance marocaine, où le transistor crépite les chansons des yé-yés et où il voit pour la première fois le phénomène sur scène). On (re)découvrira que « Jacquot » a débuté guitariste au sein d’El Toro et les Cyclones, avant d’accepter, un jour où Vogue n’avait personne d’autre sous le coude, de se mettre au micro pour chanter un texte qu’il vient de mettre en musique : « Et moi, et moi, et moi »…
Côté cigare, je retiendrai une anecdote qui me fait hurler de rire. Sur le tournage du Mors au dents, de Laurent Heynemann, Dutronc fume des Romeo & Julieta en tubes. L’équipe de tournage aime les lui chiper. Untel le recycle pour y loger un stylo, telle autre y mettra des graines, etc… Un midi, à la cantine, après avoir avalé son couscous, le comédien remplace le cigare qu’il vient de prendre par une merguez. Et revisse le tube. Il est récupéré par le régisseur général, persuadé qu’il contient le havane que l’acteur lui promet depuis plusieurs jours. Le soir, à la fin d’un dîner en amoureux, face à celle qu’il entend séduire, il dévisse le tube et… Vous avez deviné la suite. Peut-être même que vous en riez autant que moi (avouez). Pour le reste (la légende, les coulisses, les confessions édifiantes et/ou attendrissantes), je vous laisse le soin de pousser la porte de votre libraire, dès le 8 janvier.
Dutronc, la bio, de Michel Leydier, éd. du Seuil, 342 p., 19 €.
P.S. : Facebookiens, je vous invite à rejoindre le groupe animé par Michel Leydier, tout simplement baptisé Jacques Dutronc La Bio.

Joint au téléphone il y a quelques semaines, Noël Labourdette, gérant du Comptoir des Gaves et de l’Adour, ne m’avait pas caché son pessimisme. Le Navarre, le cigare élevé et roulé à Navarrenx (Pyrénées-Atlantiques), était en sursis depuis des mois : « On cherche la solution… J’aimerais pouvoir conserver le stock », observait Labourdette, juste avant de présenter ses cigares à un club de Rennes. Cette semaine, le tribunal de commerce de Pau a prononcé la liquidation judiciaire de la société. Le stock est donc pour le moment gelé. Sur Internet, la mobilisation a commencé, via
Certains soirs, j’ai envie de rendre ma bague. De déchirer ma cape et les attestations de pedigrees, de prendre les éditions limitées au pied de la lettre. Je vous rassure, cela se produit rarement (seulement quand le jus de crâne tire la couverture trop longtemps à lui et que le plaisir, oublié, grelotte). Le tout ne dure jamais. Une nuit passe et le matin, je m’assure dès le réveil, prostré devant l’armoire vitrée, que mes cigares vont bien. Tous, sans distinction. Les « bien-nés » et les autres. J’ai alors une pensée toute particulière vers une botte de cigares lovée au fond de mon humidor, sur le plateau du bas. Au ras du sol. Je les ai achetés à Cuba à un vendeur de rue. Un euro les vingt-cinq. Non, ce ne sont pas des contrefaçons. Ce sont des petits modules de consumo nacional. Ceux auxquels les cubains ont accès. Car Partagas, Montecristo et Cohiba, réservés à l’export, ne font pas partie de leur univers. Le prix auquel nous les achetons ici correspond souvent à un mois de salaire là-bas. Les petits puros dont je parle ne sont même pas fabriqués à La Havane. On les drape sans trop de façon d’une cape rêche dans la région d’Holguin, loin des podiums de la capitale. Ce sont les Selectos. Oubliés par le mythe mais fumés en grande quantité, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, par le peuple cubain. Quand il m’arrive de penser qu’on en fait parfois trop, ici, autour de nos rouleaux de tabac, je me baisse vers la poignée de Selectos qu’il me reste et je vérifie que mes petits bâtons d’authenticité gardent bien leur carapace rugueuse. Imperméable aux honneurs et aux dégustations scolaires. Leur fumée, grossièrement boisée, pique et râpe comme un vin de pays. Et alors ? Ce sont mes incorruptibles. Ces va-nus pieds hébergés dans ma cave, désignés mauvais élèves avant leur naissance, sont sans doute ceux pour qui j’ai le plus d’affection.
En guise de post-scriptum au billet consacré à Kevin Costner
Dans un précédent post
En ouvrant hier soir l’excellent magazine European Cigar Cult Journal, j’ai appris avec un bon train de retard la mort d’Avelino Lara, le 27 octobre dernier à La Havane, à l’âge de 88 ans. Directeur de la fabrique El Laguito (établie dans une villa cossue du quartier de Miramar et exclusivement destinée au roulage des Cohiba, label né en 1968) durant un quart de siècle, créateur de la marque Trinidad et auteur des ligas des premiers Davidoff, il avait pris sa retraite en 1994. Deux ans plus tard, il était contacté par un certain Enrico Garzaroli, gérant d’un hôtel de luxe aux Bahamas, qui tentait sans succès d’exporter vers les Etats-Unis ses cigares roulés sur place, les Graycliff. Garzaroli entendait bien sûr crédibiliser sa marque en « débauchant » le grand maître du havane… Qui accepta ! Avelino Lara débarqua donc à Nassau, négocia l’arrivée de matériel et de torcedores importés de son île natale (dont son propre fils, Abel), et révisa les assemblages, issus de feuilles de tabacs des terroirs majeurs (excepté Cuba) : Saint-Domingue, Honduras, Nicaragua, Equateur, Brésil… Bref, un cigare sans tabac des Bahamas, puisqu’il n’en pousse pas sur l’archipel. Cette retraite dorée pèsera au final bien peu dans les faits d’armes de Lara, notamment parce que les Graycliff ne sont pas de grands cigares… Il restera l’homme qui hissa les puros de la réserve personnelle de Fidel Castro, réservés au Lider Maximo et aux cadeaux diplomatiques, parmi les marques de cigares les plus populaires du monde.
jambes cotonneuses. Nous voici en plein Pigalle. Deux clans vont s’y déclarer la guerre. D’un côté, Nadir Zainoun (Simon Abkarian), un wannabe caïd, faux dur mais vrai coeur d’artichaut, proche de ses filles. L’homme est à la tête du Sexodrome, un immense sex-shop truffé de cabines vidéo et de boxes de peep-show au milieu desquels des danseuses s’agitent nuit et jour. Le business tourne. Nadir parade avec ses manteaux à col fourrure et s’allume des Bolivar. Le jour où Dimitri (Eric Ruf), un jeune entrepreneur aux faux airs de Poutine, s’installe juste en face avec sa boîte clean et branchée – débauchant au passage des filles du Sexodrome – l’échiquier de Pigalle s’ébranle, à l’aube d’un réglement de comptes sanglant… Ce duel va se jouer sur fond de disparition : Emma (Armelle Deutsch), danseuse chez Dimitri, s’évapore mystérieusement le soir de l’inauguration de la boîte, sous les yeux de son frère (Jalil Lespert), qui ne l’avait pas revue depuis deux ans… Où est-elle ? Laquelle des deux factions le mettra sur la piste ?

couverture du magazine américain Cigar Aficionado, un beau module à la main. Je retourne donc à mes e-mails et demande une interview. On ne sait jamais. Trois jours plus tard, réponse. « Vous l’aurez au téléphone dans une semaine, à 20 h. Bonne fin de journée ». A l’heure dite, comme prévu, je fais sonner le téléphone d’une chambre d’hôtel aux Etats-Unis (j’ignore quelle ville, on ne me l’a pas précisée) où Costner fait escale avec ses musiciens. L’enregistreur tourne. Le combiné en main, je place soigneusement sous mes yeux ma feuille de questions – et je me lance. « Ravi de pouvoir parler volutes avec vous, m’sieur ! » Au bout du fil, un raclement de gorge, suivi d’un soupir. Las, je déchante vite : Costner, goguenard, raconte illico qu’il ne fume pas. « Euh… Pas même un peu ? » « Non, je ne suis pas fumeur. Mais alors pas du tout. Désolé ». Pourtant, cette Une du magazine américain ? « Survendue, le journaliste m’a piégé ! » Pigeonnant au passage un bon paquet de lecteurs… et votre serviteur. J’ai tout de même aligné mes questions. On a peu parlé cigares, mais l’ensemble se tenait. On a même parlé de Castro et d’Obama. Le tout a paru dans L’Amateur de Cigare de septembre-octobre. Si cela vous dit, c’est juste après, en cliquant ci-dessous…